Il est plus facile de s’enfuir que de se battre

Un article du Monde, consacré à un jeune professeur démissionnaire,  a retenu mon attention cette semaine.  Bien qu’il s’agisse d’une accumulation de poncifs plus ou moins utopiques et de réactions outrées de la part de ses lecteurs, un élément m’a interpellé; l’auteur affirme que désormais toutes les connaissances sont accessibles aux élèves et que de ce fait ils doivent choisir celles qui sont à retenir. Si l’auteur avait eu le courage de se confronter un peu plus au terrain, il se serait rapidement rendu compte que loin d’apporter un accès généraliser à la culture et au savoir, le numérique tend même, dans certains cas, à renforcer les inégalités. Cette expérience qui fait tant défaut à l’auteur, lui aurait ouvert les yeux: l’enjeu actuel de l’école est un enjeu de compétences et non de savoirs ou de choix de savoirs. L’accès massif aux contenus numériques (ce qui est loin d’être le cas pour tous) implique une éducation renforcée et un développement des compétences permettent de sélectionner, de classifier et d’utiliser les savoirs accessibles. Il est fait à plusieurs reprises référence aux Lumières, mais on sent poindre dans le corps de l’article que le modèle éducatif idéal de l’auteur serait de voir doter chaque élève d’une encyclopédie; intention louable mais inutile si l’élève ne sait pas lire.

Alors pourquoi un tel titre à ce billet? Les motifs évoqués pour la démission sont les suivants:

  • L’école n’est pas parfaite
  • Le système scolaire est vieux
  • Le système scolaire ne convient pas à l’auteur

La plupart des enseignants ne sont pas satisfaits du système mais ils essayent au quotidien de compenser les dysfonctionnements pour permettre à leurs élèves de devenir de futurs citoyens. L’article donne l’impression que le terme citoyen est quasiment une insulte pour l’auteur qui lui préfère celui d’individu. Et c’est sans doute sur ce point que repose le problème, l’auteur ne met pas un avant une culture de l’individualisation, mais de l’individualisme. Cher ex-collègue, vous n’avez pas trouvé ce que veniez chercher dans l’Education Nationale, mais qu’avez-vous offert à vos élèves?

Existe-t-il des compétences numériques?

source: http://funimages.free.fr/index.php?Informatique

Ces dernières semaines, plusieurs articles sur les compétences numériques ont fleuri sur la toile. L’un d’entre eux a tout particulièrement retenu mon attention : « Les 7 compétences clés du travail de demain » sur le blog de la Formation professionnelle et continue. Ces 7 compétences sont :

  • La collaboration à distance
  • La communication au travers du numérique
  • L’agilité et l’adaptation
  • L’esprit d’initiative et d’entreprise
  • S’organiser efficacement
  • Apprendre à apprendre

On peut se demander, à la lecture de cette liste, ce que ces compétences ont de spécifiquement numériques et de nouveaux. Il me semble qu’il s’agit d’une simple reprise de quelques principes humanistes (et non des humanités). Quelques notions d’histoire et un peu de culture permettrait de ne pas sans cesse réinventer la roue et de se poser de véritables questions.

Les savants grecs de l’époque hellénistique, les évêques paléochrétiens ou les Humanistes travaillaient déjà de façon collaborative et à distance. L’agilité et l’adaptation me semble relever d’une forme de Darwinisme social. L’esprit d’initiative  et d’entreprise apparaît consubstantiel à toute aventure ; peut-on imaginer Christophe Colomb ou Magellan dépourvus de cette qualité. La même remarque vaut pour la compétence « s’organiser efficacement ». La compétence « apprendre à apprendre » est certes très intéressante mais n’a rien de spécifiquement numérique.

La question des compétences et du numérique est un enjeu fondamental, mais il faut bien admettre que les compétences fondamentales demeurent les mêmes avec ou sans le numérique. L’usage numérique demeure avant tout une culture de l’écrit et de l’image. Les compétences liées à la lecture demeurent centrales. La majorité des informations transite encore sous forme écrite. Cela nécessite de maîtriser la lecture linéaire mais également discursive pour pouvoir se repérer dans une page web. La qualité de l’expression écrite, sous ses formes les plus variées, est également une compétence centrale. Celle-ci doit s’appuyer sur plusieurs langages (humains ou non). Enfin, la maîtrise de l’image est le dernier pilier nécessaire ; maitrise de l’image dans sa production mais surtout dans sa lecture.

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Les TICE nouvel alpha et oméga de l’éducation

Les articles, les billets de blogs et les réseaux sociaux bruissent régulièrement autour de la dernière nouveauté numérique en matière de pédagogie. Parfois simple brise remuant quelques feuilles, elle peut prendre la forme d’un coup de vent plus sévère. La dernière tempête qui chamboule le monde des TICE s’appelle MOOC. Elle s’inscrit à la suite des ouragans facebook et ipad. Tout le monde en parle, mais de là à l’utiliser!

Pourquoi autant de bruit dans le Landerneau (je file la métaphore finisterrienne, après l’évocation de la tempête) ? Vraisemblablement parce que beaucoup considèrent ces instruments ou ces outils comme porteurs d’un fort potentiel pédagogique.  Le cas des MOOC est le plus éloquent, tout le monde en parle et toutes les institutions veulent en mettre en place. À part le projet TwittMooc, les MOOC ne sont que des cours à distance, où la pédagogie est la grande absente. Diffuser la vidéo d’un prof qui parle devant un tableau noir, y ajouter un fichier texte, quelques images et un quizz, ce n’est pas de la pédagogie ; c’est un cours magistral en vidéo. Ce n’est pas l’idée de MOOC qui est à jeter, l’idée est plutôt intéressante, ce qu’il manque c’est le contenu comme dans bon nombre d’innovations dans les TICE.

J’ai ainsi pu assister à une prétendue démonstration de l’usage d’Ipad en classe qui se résumait de la façon suivante : un élève filme le travail d’un autre élève et cette vidéo est diffusée au tableau. Autre exemple mis en avant par le formateur, même si ce terme est présomptueux pour la personne qui nous a fait la démonstration, l’Ipad peut remplacer un dictionnaire papier. Le prix du dictionnaire laisse dubitatif.

Le problème est le même que pour les MOOC, on prête à l’outil un potentiel pédagogique mais rare sont les contenus dignes de ce nom. Le déferlement continu de nouveaux outils, de nouveaux produits submerge la pédagogie. Il faut les utiliser pour être  « à la mode », pour « être innovant ». Or les plus belles innovations auxquelles j’ai pu assister ne sont jamais partie d’un outil ou d’un service web mais d’une réponse à une situation particulière avec un groupe d’élèves. Ces réponses peuvent intégrer des outils et des services numériques mais ce n’est pas une obligation.

Processus de négociation didactique et mesure du niveau des élèves : des fonctions concurrentes de l’évaluation – Cairn.info

See on Scoop.itLa Revue des Périodiques

Cet article s’intéresse aux éventuels biais qui pourraient apparaître durant une évaluation sommative notée. Après avoir retracé les diverses fonctions assignées à ce processus, ainsi que les perturbations évoquées dans les recherches antérieures, nous avons voulu mieux comprendre les pratiques effectives, notamment dans les établissements ECLAIR (écoles collèges lycées ambitioninnovation réussite). Pour cela, nous avons cherché à perturber l’équilibre de la relation didactique en proposant à quinze classes de quatrième, issues de collèges divers, un énoncé mathématique conforme aux exigences institutionnelles. En étudiant les réactions des enseignants et des élèves durant les différentes étapes de cette évaluation externe, nous avons pu mieux comprendre quelles étaient leurs pratiques ordinaires. Nous avons ainsi mis en évidence, tout particulièrement dans les établissements ECLAIR, diverses concessions susceptibles de dénaturer le processus d’évaluation. Ces manifestations d’un jeu alternatif conjoint au sein de la classe confèrent parfois comme seul objectif à l’évaluation, le maintien de la relation didactique, au détriment de toute autre fonction et notamment d’une éventuelle mesure du niveau des élèves. 

Mots clés
évaluation sommative , évaluation externe , docimologie , note , établissements ÉCLAIR , relation didactique , jeu alternatif conjoint 

Processes of Didactic Negotiation and Measures of Student Achievement : Competing Functions of the Evaluation Process 
This paper focuses on any biases that might emerge during a graded summative evaluation. After having gone over the functions assigned to this process, and recalled the variety of disruptions to the process brought to light by previous research, we wanted to better understand how the process was actually put in practice, in particular in ÉCLAIR institutions (écoles collèges lycées ambition innovation réussite – primary and secondary schools ambition innovation success, a combination of words which in French spells éclair or flash). To this effect we tried to disrupt the didactic relationship by giving fifteen Quatrième (Year 9) classes from a variety of secondary schools a standard maths topic, answering the requirements of the academic institution for this level. By studying the reactions of students and teachers during the different phases of this external evaluation we were thus able to understand the way they usually functioned. We have brought to light, in particular in ÉCLAIR institutions, a number of concessions susceptible of distorting the evaluation process. These manifestations of a joint reciprocal game at the heart of classroom interaction sometimes give the evaluation process as its only goal that of maintaining the didactic relationship to the detriment of any other function and particularly to that of eventually measuring the students’ achievements. 

Keywords

summative evaluation , external evaluation , docimology , grade , ÉCLAIR institutions , didactic interaction , joint reciprocal game 


See on www.cairn.info

Tice-Enseignement-Recherche

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